Sylviculture Proche de la Nature

Seule une sylviculture proche de la nature sait utiliser les capacités des forêts à résister aux différents stress et respecter le plus possible le fonctionnement naturel de cet écosystème. La structure recherchée est celle d’une forêt naturelle, une irrégularité à la fois verticale, avec différents étages de végétation et à la fois horizontale, avec des arbres d’espèces et diamètres différents.

C’est pour ces raisons que nous prônons le mode de gestion en « futaie irrégulière » ou « jardinée ». Elle est dite proche de la nature, les travaux sylvicoles s’y voient beaucoup moins que dans les autres types de sylvicultures. La forêt est toujours debout et peut assurer ses multiples rôles écologiques, économiques, sociaux… Le bucheron travaille au bénéfice des plus beaux arbres, il leur apporte espace et lumière tout en préservant le sous-étage et les essences accompagnatrices. Sur une même parcelle, se rencontrent des arbres de tous âges et de toutes dimensions.

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Quand coupe t’on le bois ?

Ce n’est pas par hasard que les travaux forestiers ont toujours été pratiqués, jusqu’à peu, de mi-octobre à mi-mars. En effet, cela correspond à la période de dormance des arbres, au moment de la descente de sève. Il y a diverses raisons à cela :

  • l’absence de sève favorise la qualité du bois d’œuvre (menuiserie, ébénisterie, charpente, lutherie) et du bois énergie (durée de séchage des bûches réduite).
  • intervenir dans une forêt en période hivernale évite la propagation de certaines maladies des arbres et une surchauffe brutale des sols si ces coupes avaient eu lieu en période estivale.
  • intervenir dans une forêt aux sols ressuyés permet de ne pas trop tasser les sols forestiers, ce qui permet un stress moins important des arbres et une meilleure régénération des semis.

Les interventions en dehors de cette période compromettent fortement le cycle de reproduction de la flore et de la faune (nidification, mise-bas, régénération naturelle).

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Préconisations de gestion

Ces préconisations se bornent à des recommandations en faveur de la biodiversité forestière.

  • Diversifier les boisements et encourager une stratification complexe : diversifier la composition en essences et l’étagement de la végétation en forêt.

 

  • Favoriser les arbres d’origine locale : les graines d’arbres d’origines locales ont plus de chance de pousser que celles issues d’arbres d’origines lointaines. Leurs patrimoines génétiques sont adaptés aux conditions locales, elles pousseront donc mieux.

 

  • Favoriser les boisements spontanés : l’enfrichement des anciennes prairies ou zones de culture est bien souvent très mal perçu. Pourtant il est le reflet de la reconquête de la forêt sur des territoires jadis défrichés.

 

  • Limiter l’extension des espèces exotiques : les politiques forestières prônent une forme grave d’artificialisation, la plantation d’essences exotiques. Ces espèces d’arbres sont d’origines étrangères et ne poussent pas naturellement dans nos forêts. Elles correspondent à diverses essences introduites par l’homme comme le Robinier faux acacia, le Douglas, le Chêne rouge, etc. Certaines de ces espèces introduites par l’homme sont qualifiées d’envahissantes. Ceci s’explique par leurs dynamiques d’expansion qui surpassent celles des espèces indigènes. L’introduction et la monoculture de ces espèces sont des menaces en terme de biodiversité mais aussi en terme de revenu avec des potentialités plus fortes de dégâts liés aux risques climatiques.

 

  • Limiter les variations brutales de températures et les tassements du sol : les coupes rases, le tassement des sols et le travail du sol entrainent une simplification dommageable des écosystèmes induisant une perte de productivité.

 

  • Maintenir du bois mort et des arbres habitats : le bois mort est un attribut vital de l’écosystème. Il garantit le maintien de la productivité, facilite la régénération naturelle des arbres et offre des microhabitats (ex: cavité dans le tronc) essentiels à la survie d’un très grand nombre d’espèces.

 

  • Préserver les zones humides en forêt : les zones humides en forêt couvrent une grande variété d’habitats caractérisés par la présence plus ou moins constante d’eau (mares) et des cours d’eau. La forêt associée à ces zones participe à l’épuration des eaux, à la régularisation des débits et à la stabilisation des berges.

 

  • Mettre en place des îlots de vieux bois : nous proposons la mise en place de surfaces laissées en libre évolution où la faune et la flore pourront s’exprimer comme bon lui semble.

 

  • Equilibre forêt/gibier : il est important de maintenir une pression de chasse sur les populations d’ongulés sauvages dans le but d’obtenir un équilibre entre densité, abroutissement et régénération forestière.

 

Pour aller plus loin:

Pour une sylviculture proche de la nature de Forêts Sans Age

Normes de gestions pour favoriser la biodiversité dans les bois de Etienne Branquart et Sandrine Liégeois

In Focus – Managing Forest in Europe Daniel Kraus and Frank Krumm

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